Les 4 segments du capital-investissement (Private Equity)

Les 4 segments du capital-investissement (Private Equity)

L’activité de capital-investissement (ou private equity ; que nous appellerons simplement « PE ») se décompose en quatre segments, chacun correspondant à un stade de développement de l’entreprise.

On trouve ainsi :

1)      le capital-risque

2)      le capital-développement

3)      le capital-transmission (dont le LBO)

4)      le capital-retournement

1)    Le capital-risque

Egalement appelé venture capital, il correspond à l’investissement dans les entreprises en phase de création. Il se divise lui-même en deux sous-segments : le capital-amorçage et le capital-création.

  • Le capital-amorçage (ou seed-capital) :

Il s’agit de l’investissement dans la partie la plus précoce de la vie d’une entreprise. A ce stade, le produit ou service n’a pas encore été développé et les brevets, en cas d’innovation, n’ont pas encore été déposés. Le fonds d’investissement étudie ici  une activité et un marché qui ne sont qu’au niveau de projet fictif.

Il est le segment le plus risqué de l’activité de PE, et aussi celui qui possède le plus fort taux d’échec (environ 80%). Le capital-amorçage est le segment le moins couvert par le marché français, avec le capital-retournement. Contrairement au marché américain où les réseaux de business angels sont très importants, c’est l’Etat qui est à l’origine de la majorité des financements attribués aux entreprises françaises en phase d’amorçage. Il opère à travers deux intermédiaires : la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) et l’Agence Nationale de la Valorisation de la Recherche (ANVAR).

  • Le capital-création et post-création

C’est la composante principale du capital-risque, dont elle représente 90% des investissements. Il s’agit à ce niveau pour l’investisseur d’acquérir les participations d’une société ayant déjà validé son business-plan et étant à la recherche de fonds pour lancer réellement son activité. Les capitaux ainsi investis vont servir à la constitution légale et effective de la société et à l’acquisition de locaux, de matériaux ou d’équipements.

Si le taux d’échec est moins élevé que pour le capital-amorçage, il demeure toutefois très haut (entre 30 et 50% selon l’AFIC). Le développement de ce segment d’activité a connu son véritable essor lors de la bulle informatique du début des années 2000, qui a poussé les fonds, attirés par les perspectives de rendements très importants, à investir massivement dans les jeunes entreprises du secteur des nouvelles technologies. Cette période a notamment servi à réguler et à responsabiliser ces mêmes fonds, qui ont connu de lourds échecs après l’éclatement de la bulle. Aujourd’hui, le secteur d’activité le plus prisé par les fonds est celui des biotechnologies, qui propose de nombreuses innovations, moteur du capital-risque.

La particularité première du capital-risque est l’importance du facteur risque. Les plus importants sont le risque technologique, puisque l’entreprise créée base son succès sur la singularité de son innovation ou de sa prestation, et le risque de marché, puisqu’au moment de l’investissement la réaction des clients potentiels n’est pas encore connue.

L’aspect très risqué de ce segment conduit les fonds à n’investir la plupart du temps qu’en tant qu’actionnaire minoritaire dans l’entreprise. Cette caractéristique a fait l’objet de nombreuses critiques ; les économistes remettant en cause la faible création de synergie lors de l’arrivée du fonds d’investissement, puisque celui-ci ne possède alors qu’une petite part du capital de la société et ne s’implique donc que peu dans la gouvernance de celle-ci.

Pour minimiser le risque, les fonds utilisent également la syndication, à l’image de ce que font les banques lors de prêts syndiqués. Il s’agit d’un consortium de fonds qui se partagent une partie du capital de l’entreprise, afin de diluer le risque tout en acquérant un part significative de contrôle.

Sur l’ensemble du secteur du capital-risque, les fonds les plus présents sont des filiales de groupes industriels ou des fonds régionaux. On trouve également beaucoup de fonds indépendant spécialisés dans l’amorçage ou la création, et aussi souvent spécialisés dans un domaine d’activité précis.

2)    Le capital-développement

Le capital-développement représente 50% du nombre total d’entreprises financées par le PE en 2009 en France. Il regroupe les opérations de renfort et d’expansion d’activité et s’adresse aux entreprises ayant passé le cap des premières années. Il ne s’agit plus de création ou de mise en marché de la société ; les produits sont existants, la clientèle est présente et les managers ont fait leurs preuves. De plus, l’investisseur en capital bénéficie d’une base financière sur laquelle fonder son évaluation et ses prévisions, puisque l’entreprise génère du chiffre d’affaires en évolution sur plusieurs années. Elle représente pour le fonds un investissement plus sécurisant que le capital-risque. Pour cette raison, les montants à investir pour acquérir des participations dans l’entreprise seront plus élevés.

A l’image du capital-risque, le capital-développement peut être scindé en deux sous-parties, bien que la frontière soit beaucoup moins marquée qu’en risque :

  • L’expansion-capital

Le financement de l’expansion se rapproche beaucoup du capital-post-création, à un stade plus avancé de la vie de l’entreprise. Il concerne les opérations de financement du développement ; c’est le cœur du capital-développement.

Il est destiné à générer une forte croissance au niveau de l’activité de l’entreprise, en acquérant du matériel de production, des supports commerciaux, des moyens de communication ou une nouvelle équipe. Il peut également financer l’installation de l’entreprise sur un nouveau marché.

  • Le bridge-financing

Ce segment se situe à mi-chemin entre le capital-développement et le capital-transmission. Il vise à deux objectifs principaux : la reprise de l’entreprise après une période de 3 à 7 ans par un industriel et l’introduction en bourse. L’intérêt du bridge financing est de maintenir le taux de liquidité de l’entreprise constant avant la vente ou la mise en bourse, pour permettre de réaliser des investissements sans dégrader les ratios lors de la valorisation de celle-ci.

Il peut aussi prendre la forme de mezzanine-financing. Dans ce cas, le fonds intervient financièrement à la fois dans le capital et dans les dettes financières de l’entreprise. C’est un type de financement hybride, qui permet au fonds d’investissement de se placer à la fois comme actionnaire et créancier de l’entreprise, et ainsi diversifier le risque encouru.

3)   Le capital-transmission

Il comprend les opérations liées aux entreprises arrivées à maturité. Après avoir achevé leur phase de croissance industrielle, elles entrent dans le dernier stade de développement. Pour les plus prometteuses, elles pourront envisager de poursuivre leur expansion en réalisant leur introduction en bourse pour faire appel aux marchés publics. Cependant, toutes n’ont pas cette opportunité ; parallèlement, les introductions en bourse ont été régulièrement critiquées et ne représentent pas, pour de nombreux spécialistes, la meilleure option de développement. Il est donc nécessaire de préparer des solutions alternatives ; c’est dans ce but qu’intervient le capital-transmission.

Il est utilisé pour faciliter la transmission de l’entreprise à une autre entité industrielle ou à une personne physique, appuyée par le fonds d’investissement et généralement par une institution financière telle qu’une banque. Cette dernière va intervenir dans le cas d’une opération à effet de levier pour financer la dette. Les opérations à effet de levier représentent la grande majorité du capital-transmission : ce sont les Leveraged Buy-Out (appelés couramment LBO).

4)   Le capital-retournement

Le dernier segment du PE, le capital-retournement, est le plus marginal – il ne représente que 1,7% de l’activité. Il concerne les entreprises confrontées à de graves difficultés. Le fonds d’investissement procède à l’acquisition d’une part majoritaire, voir de la totalité du capital de la société. Il se charge ensuite d’y injecter les ressources financières nécessaires au redressement de son activité, en effectuant généralement de fortes restructurations internes.

Le but de cette opération est double. Premièrement, il peut s’agir d’un projet d’investissement à long terme, dans lequel le fonds va lever de la dette grâce aux capitaux injectés dans l’entreprise et ainsi financer le redressement total de l’entreprise sur son marché. Après une période de plusieurs années, le fonds va chercher à sortir du capital comme il le ferait après une opération de capital-transmission.

Deuxièmement, le but du fonds peut être d’effectuer un changement radical d’activité au sein de l’entreprise. Avec les seuls capitaux investis, et sans lever de dette, il va réorienter l’entreprise vers un nouveau secteur, pour réinsuffler une dynamique et attirer de nouveaux investisseurs. Dans ce cas, la sortie du fonds sera similaire à celle d’une opération de capital-développement.

Répartition du PE en France à la fin de l’année 2009 :

Source: AFIC

Par Stanislas De Zutter, pour ESSEC Transaction

Une réaction au sujet de « Les 4 segments du capital-investissement (Private Equity) »

  1. Bonjour,
    Dommage effectivement que le capital amorçage soit le parent pauvre du capital-risque. C’est vrai que la casse y est importante ! Pour ma part, c’est ma passion : en effet, après avoir créé ma boite, j’adore participer à de belles aventures entrepreneuriales.
    Cordialement.
    Patrick

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