Interview : qu’est-ce que l’Equity Research ?

Interview : qu’est-ce que l’Equity Research ?

Rencontre aujourd’hui avec un professionnel de l’Equity Research. Très bonne lecture !

Quel est ton background ?

Après le bac, j’ai intégré un DUT puis une fac d’économie, parcours éco-gestion. J’ai ensuite intégré Skema en admission parallèle. J’étais très intéressé par la finance (trading pendant mon temps libre, avec pas mal d’analyse technique). J’ai donc fait un master en Finance de Marché. J’occupe actuellement le poste d’analyste technique en Equity Research chez ODDO.

En quoi consiste ton métier ?

Sell-side vs. Buy-side

L’Equity Research, qui se trouve dans la partie sell-side, a pour but de proposer des idées d’investissements à des clients en buy-side. Ces derniers correspondent grosso modo aux gérants en Asset Management, aux fonds d’investissement et aux clients institutionnels.

Sales, traders et Equity Research

La salle de marchés est composée d’un desk de trading, à côté duquel se trouve un desk de vendeurs (sales). Le bureau d’étude publie régulièrement pour générer des flux de courtage. Les analyses peuvent être quotidiennes, hebdomadaires, trimestrielles selon la complexité du sujet. Les sales doivent proposer les idées venant de l’Equity Research de façon adaptée à chaque client. Ils connaissent très bien leurs portefeuilles et leur profil investisseur.

Les différents types d’analyses

Il y a 4 types d’analyses en Equity Research :

  • L’analyse fondamentale, qui consiste à regarder les comptes d’une entreprise et à évaluer sa valeur.
  • L’analyse économique, qui s’intéresse à la macroéconomie.
  • Il y a ensuite deux analyses transversales : l’ESG et l’analyse technique. L’ESG concerne l’analyse de l’intégration des critères environnementaux (émissions de CO2, gestion des déchets…), sociaux (qualité du management) et de gouvernance (personnalité et implication du CEO, diversité du Board, éthique des affaires…) dans la stratégie des émetteurs. L’analyse technique, quant à elle, étudie la psychologie de marché, c’est de la finance comportementale. Cela permet de savoir si le marché est prêt à vendre ou à acheter un titre : « mieux vaut avoir tort avec le marché que raison tout seul ».

Si par exemple à la suite d’une analyse fondamentale, on pense que le titre Sanofi est sous-évalué mais que le contexte de marché n’y est pas (les investisseurs vendent le titre, par exemple), cela va se répercuter sur la variation des prix. L’analyse technique n’explique pas fondamentalement la raison de cette sous-valorisation, elle détecte quelle est la psychologie de marché à cet instant et détermine s’il faut acheter, à quel prix et quand il faudra couper sa position si l’on est dans le mauvais sens.

Ces idées sont donc mises à l’écrit et vont être publiées tous les jours pour les clients. Ces derniers peuvent, ou non, suivre nos recommandations. Chaque client a ses besoins : certains sont intéressés par les 4 types d’analyses, d’autres uniquement par une seule ou un secteur en particulier.

Analyse fondamentale vs. Economique vs. ESG vs. Technique

Chez ODDO, nous sommes deux à être spécialisés dans l’analyse technique. Nous avons également deux personnes en analyse économique. Il y a un petit service de 5-6 personnes dédié à l’analyse ESG. Tout le reste, soit une cinquantaine d’analystes, a recours à l’analyse fondamentale, qui prend beaucoup plus de temps par dossier : ils suivent une dizaine d’entreprises au maximum.

A l’inverse, les analystes techniques comme nous vont suivre tout le marché. Chez ODDO, nous sommes spécialisés sur les actions « large cap » en Europe, et plus particulièrement française. Nous suivons donc environ 300 valeurs.
Quels sont les grands acteurs ?

Les acteurs

Au niveau des grandes institutions, on peut citer Exane, le broker de BNP Paribas. Il est considéré comme le meilleur pour l’analyse fondamentale large cap en Europe. Le bureau d’étude d’ODDO est numéro 1 en France (selon un sondage Extel pour 2016).

Au niveau mondial, il y a Merrill Lynch, Morgan Stanley, Goldman Sachs et plus généralement toutes les grandes banques d’investissement.

Equity Research, centre de coût ou de profit ?

L’Equity Research est un métier qui coute beaucoup plus qu’il ne rapporte à la banque. Pour produire une analyse de qualité il faut investir dans des moyens techniques. Par ailleurs, un bon économiste ou un analyste talentueux coûtent cher et leurs prévisions doivent être justes, sinon les clients ne les lisent plus.

Par ailleurs, la rémunération du bureau d’étude dépend des votes du buy-side. Tous les ans, les gérants d’une même entité (ex : Amundi AM) se réunissent pour décider de quel budget va être alloué à la recherche de leur brokers. Ensuite ils votent pour les meilleurs analystes, qui vont être ainsi rémunérés en fonction de leur classement*. Le bureau d’étude génère aussi indirectement des revenus puisqu’une commission sera perçue au moment de l’exécution de l’ordre du client par les traders.
* Ces décisions sont cadrées par la directive MIFID 2

A quoi ressemble une journée type ?

Tout le bureau d’étude commence entre 7h et 8h. Il faut que tous les événements de la veille en Europe, ainsi que ce qu’il s’est passé la nuit aux US (et éventuellement sur les marchés asiatiques) soient analysés et sur le bureau du client avant l’ouverture du marché. Par exemple, si une nouvelle mesure concernant Bâle 4 apparait, il faut que l’analyste en charge du secteur des banques envoie son explication au client. La nouvelle est-elle favorable au secteur ? Faut-il acheter plus d’actions bancaires ? L’analyste doit pouvoir répondre à ce genre de questions. Le gérant (en buy-side) peut ensuite réagir le plus rapidement possible dès l’ouverture du marché à 9h.

La journée finit aux alentours de 19h. On peut bien sûr finir plus tôt ou plus tard en fonction des flux d’informations et de la volatilité du marché.

Quelles sont les missions d’un stagiaire ?

Le stagiaire travaille en général avec un analyste senior. On cherche à le responsabiliser rapidement. Personnellement, j’ai eu très vite des missions importantes et intéressantes.

Un stagiaire en analyse fondamentale va participer à des études. Elles sont en général sur un sujet assez précis. Le stagiaire dans le secteur banque venait par exemple de travailler sur l’exposition de Commerzbank aux transporteurs maritimes. Pour information, Commerzbank avait prêté à plusieurs entreprises dans ce secteur. Elles ne pouvaient malheureusement pas rembourser. La banque a donc saisi les actifs, à savoir les bateaux de transport de marchandises. Si le stagiaire a fait du bon travail, il arrive qu’il ait son nom sur l’étude. Elle est ensuite publiée sur le site de la recherche, ce qui peut être un atout pour un futur entretien.

En tant que stagiaire, on peut même être amené à rencontrer des clients. Il y a énormément d’événements organisés par les brokers pour rencontrer le management des entreprises qu’ils suivent. Chez nous par exemple, la nouvelle stagiaire du secteur banque participe aujourd’hui au déjeuner formel avec les représentants d’un grand groupe bancaire français.

A quoi ressemble un entretien en Equity Research ?

En analyse fondamentale, il te faut de solides connaissances en stratégie et finance d’entreprise : savoir étudier un marché, lire un bilan, un compte de résultat, calculer et interpréter les ratios comparables, faire un DCF… Une connaissance et un certain intérêt du secteur sur lequel tu vas être amené à travailler sont également importants.

Quels sont les principaux débouchés ? A quoi ressemble une carrière en Equity Research ?

Le débouché principal est le buy-side, voire la direction financière des entreprises suivies. Le buy-side est un environnement généralement plus calme. On commence plus tard, on subit moins la pression des clients et ton analyse est directement utilisée pour réaliser les investissements.

Au bout de 2-3 ans, il est tout à fait possible de passer du côté buy-side pour devenir analyste. Il est cependant beaucoup plus dur de passer au niveau gérant directement, car ce métier requiert d’avoir un bon « track record » il te faut au moins 5 à 10 ans pour gagner cette crédibilité. Il est toutefois intéressant de faire ses armes en sell-side pendant plusieurs années. Tu as beaucoup de visibilité car il y a énormément d’interactions avec les entreprises, les clients, et puis ton nom apparait sur les études.

Les analystes « stars» gagnent très bien leur vie, ont un métier gratifiant et un carnet d’adresses bien rempli, il n’est pas rare de les voir rester très longtemps dans ce métier.

Le CFA (Chartered Financial Analysis) est-il indispensable pour faire carrière en Equity Research ?

Il faut savoir que le CFA est un atout indéniable pour se différencier des autres candidats. Chez ODDO, on pourra par exemple préférer un candidat sortant d’une école de milieu de tableau avec le CFA à un candidat d’une très bonne école mais sans ce diplôme.

On peut se passer du CFA pour travailler en Equity Research mais ton entreprise te demandera de le passer au bout de quelques années, vers 28-30 ans. Donc, si tu le fais pendant tes études, ça sera un gain de temps et ton CV pourrait se retrouver en haut de la pile.

Certains médias (The Economist, Financial Times) pensent que l’Equity Research est amenée à changer. Quel est ton avis ?

Je ne pense pas que l’Equity Research soit amenée à disparaitre. En revanche, elle risque d’être de moins en moins rémunératrice (cf. la directive MIFID 2). Je pense également que les banques qui vont s’en séparer perdront de leur rayonnement.

Pour moi, l’Equity Research est la vitrine de la banque. De bonnes analyses sont perçues positivement par les clients, ils feront ainsi plus facilement confiance à leur banquier, broker, ou asset manager. ODDO investit de plus en plus dans son bureau d’étude. Nous avons beaucoup plus de recrutements que de départs surtout au niveau junior. Ces derniers travailleront avec des analystes expérimentés pour qu’ils puissent apprendre à leurs côtés.

Au niveau mondial, je pense que les opportunités ne manquent pas. Cela sera cependant un peu plus dur à Paris étant donné que les grands groupes financiers ont tendance à centraliser leurs activités à Londres ou à New York. Il y a toutefois toujours besoin d’une certaine proximité avec les entreprises suivies. Goldman Sachs a, par exemple, intérêt à avoir des analystes en Equity Research à Paris, dans le secteur du luxe notamment.

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