Interview : associate M&A à New York

ESSEC Transaction a le plaisir d’interviewer pour vous une alumna ESSEC, actuellement associate dans une grande banque américaine à New York. Très bonne lecture 😉

Quel est ton background ?

Dans le cadre de mes études à l’ESSEC (Corporate Finance Track), j’ai choisi d’effectuer une année de césure en finance : 6 mois de stage en M&A dans une Bulge Bracket américaine, au sein du bureau parisien, suivis par 6 mois chez un broker en private equity à New York. A la suite de cela, j’ai commencé full-time en M&A dans cette même banque à Londres. Après deux années en tant qu’analyste, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le bureau de New York, toujours en M&A, où je travaille actuellement.

Qu’est-ce que le M&A ? Quels sont les grands acteurs sur la scène mondiale ?

Le M&A réside au cœur du développement stratégique d’une entreprise. Il consiste principalement à conseiller entreprises et investisseurs en matière d’acquisition, de fusion ou de cession d’actifs. Mais il est important de souligner que le travail en M&A dans une grande banque d’investissement s’étend au-delà de la fusion-acquisition pour englober un large éventail de transactions : le banquier en M&A accompagne une entreprise tout au long de son cycle de développement, qu’il s’agisse de la financer (dette, equity, convertibles), de l’introduire en bourse (IPO), d’optimiser son profile stratégique (acquisition, cession, fusion, spin-off…), ou encore de la défendre contre des activistes ou une OPA hostile (anti-raid), et ce en coordination avec les équipes produits (DCM, ECM, convertibles desk, etc.). Les principaux acteurs du M&A sont avant tout les grandes banques d’investissement, même si dans certains marchés comme en France les « boutiques » jouent un rôle prépondérant (ex : Lazard, Rothschild). Les équipes M&A des grandes banques d’investissement sont généralement structurées par industrie, ce qui permet d’apporter une expertise spécialisée aux clients.

A quoi ressemble la journée type d’un associate ? Quelles sont les différences entre l’analyste et l’associate ?

Etant donné la diversité des transactions mentionnées ci-dessus et le caractère unique de chaque situation, le travail en M&A est de nature imprévisible. Que l’on travaille sur un projet d’achat (buy-side), sur un spin-off ou sur une IPO, les tâches seront de nature très différente. Il est donc difficile de décrire une journée type, car il n’y en a pas, ce qui a le bon côté d’empêcher la routine. Ceci étant, le travail en M&A implique principalement un travail de :

  • « Modeling » : créer des modèles excel pour simuler l’impact financier d’une transaction
  • Préparation de présentations internes (à destination des comités internes à la banque) ou externes (à destination du client, d’un investisseur ou acheteur potentiel, etc.) : pitch, information memorandum, prospectus, teaser, etc. selon la nature de la transaction
  • Gestion des différentes étapes d’un process : par exemple, gérer une dataroom, un process de due-diligence, un roadshow, etc.

Quelle que soit la tâche en question, le banquier en M&A interagit continuellement avec le client.

Les horaires sont très volatiles selon les projets en cours et le dealflow du moment, mais les équipes M&A ont en général une journée décalée par rapport aux métiers de marché. Si la journée démarre en général aux alentours de 9 heures, l’heure à laquelle elle se finit est très dépendante des contraintes du projet en question, qui peut nécessiter de rester tard le soir. Heureusement, la plupart des grandes banques continuent de prendre des mesures pour rendre le travail plus efficace, réduire les horaires et limiter l’impact négatif sur l’expérience des banquiers juniors.

Idéalement, l’analyste est responsable de mettre en place la plus grande partie du modeling et des présentations, tandis que l’associate est là pour vérifier le travail, donner de la guidance, et gérer le process. Dans la réalité, les contraintes de temps rendent souvent la distinction entre les deux rôles plus floue, et l’associate doit régulièrement prendre la responsabilité de l’un des pans de l’analyse lui-même.

Tout le monde sait que les premières années en banque d’investissement sont intenses, quelles mesures les banques ont-elles implanté pour faciliter la vie des banquiers ?

Cela fait déjà quelques temps que la plupart des grandes banques d’affaires ont commencé à repenser entièrement l’expérience des banquiers juniors au sein de leurs équipes. L’objectif est de retenir les banquiers juniors à plus long terme en leur offrant un meilleur équilibre de vie ainsi qu’une alternative compétitive par rapport aux opportunités qui s’offrent à eux après seulement quelques mois d’expérience. Parmi ces mesures phares, on peut citer les efforts faits par les banques pour que les juniors aient du temps de repos le week-end (que ce soit le samedi « sanctuarisé » chaque semaine ou un certain nombre de week-ends non travaillés par mois), l’automatisation des tâches les plus répétitives, des programmes de mobilité dans une autre équipe ou un autre bureau après seulement quelques mois d’expérience, etc. Ces mesures ont indéniablement un impact positif sur la culture de travail et enrichissent l’expérience professionnelle des analystes et associates.

Quelle est la culture en M&A et quel est le profil de l’analyste/du stagiaire idéal?

Le milieu du M&A possède généralement une culture méritocratique, où l’esprit de collaboration, de teamwork et d’intégrité prévalent. Au-delà de ces valeurs, le candidat idéal devra faire preuve de leadership, de curiosité, de vivacité et d’ouverture d’esprit, et d’une excellente capacité à communiquer. Mais à mes yeux, toutes ces qualités ne sont rien sans une certaine humilité.

Quels conseils as-tu à donner à un étudiant français souhaitant travailler en finance, aux Etats-Unis ?

Le nerf de la guerre pour un étudiant français souhaitant travailler aux Etats-Unis reste le visa. Si vous ne faites pas partie des chanceux qui ont la double nationalité ou la carte verte, le plus simple (et cela n’est pas pour autant évident) est de passer par une université américaine réputée – aux yeux d’un employeur US, vous serez alors aussi visible et crédible qu’un étudiant américain, et vous aurez un visa. Très rares sont les employeurs qui voudront prendre le risque de sponsoriser le visa d’un étudiant étranger qu’ils ne connaissent pas et dont la valeur ajoutée en début de carrière par rapport à un étudiant américain reste à démontrer. Le VIE dans une banque française demeure une option très en vogue, mais rares sont les personnes qui parviennent à le convertir en contrat permanent aux Etats-Unis une fois le VIE terminé.

Une autre option, celle qui a fonctionné pour moi, est de commencer en Europe dans une banque suffisamment large et mondialisée qui puisse se permettre de transférer ses employés d’un bureau à l’autre relativement facilement. La plupart des grandes banques, notamment américaines, offrent des programmes de mobilité attractifs afin de retenir les employés ayant fait leurs preuves et afin d’enrichir leur développement professionnel. Enfin, outre le visa, il est important de rappeler que le niveau d’anglais ne doit pas laisser à désirer – le milieu de la finance ne souffre pas l’approximation, surtout lorsque le rôle en question nécessite une interaction avec le client, comme en M&A.

As-tu remarqué des différences entre la mentalité européenne, voire française, et américaine au travail ?

Au premier abord, les relations professionnelles peuvent paraître très informelles aux Etats-Unis, ce qui peut surprendre surtout lorsque l’on vient d’un contexte français. Cela peut être trompeur et ne doit pas pour autant faire oublier que les exigences restent très élevées.

Quels sont les principaux débouchés en M&A ?

Le M&A reste la voie royale pour rejoindre un fonds de private equity ou la direction stratégique/M&A d’une grande entreprise. Rejoindre un hedge fund, une start-up ou un géant de la Silicon Valley fait également partie des débouchés courants. Il ne faut pas pour autant penser que le M&A n’est qu’une voie de passage vers un autre métier. Le M&A reste également une carrière en soi, et il est illusoire de penser qu’en deux ans on en a saisi tous les tenants et les aboutissants. L’expertise des banquiers seniors repose sur des années d’expérience et des dizaines de transactions à leur actif.

A l’inverse, est-il possible de rentrer en M&A en tant que sénior (associate ou plus) après des années dans un autre métier, que ce soit en finance ou autre ?

Il est possible et d’ailleurs courant d’intégrer le M&A, en tant qu’associate, après un MBA. Il est d’usage de faire un MBA après quelques années d’expérience dans un autre secteur. Il est très rare de pouvoir intégrer une équipe M&A à un niveau plus senior sans expérience préalable dans ce milieu.

Le mot de la fin : un conseil à donner aux étudiants souhaitant faire carrière en M&A ?

Le milieu du M&A est exigeant mais offre une formation accélérée et inégalée aux arcanes de la finance d’entreprise. À mes yeux, le plus important pour réussir dans ce milieu est d’avoir un intérêt réel et profond pour les transactions qui façonnent le devenir stratégique d’une industrie – cela transparaîtra dans le process de recrutement, et sans cette motivation réelle, tenir le rythme et la distance pourra s’avérer difficile.

 

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