En quoi le Private Equity se différencie-t-il des autres solutions d’investissement ?

En quoi le Private Equity se différencie-t-il des autres solutions d’investissement ?

Le Private Equity (que l’on nommera PE par simplification) se singularise des autres types d’investissement par deux caractéristiques majeures : une très faible liquidité et la réputation de rendements très élevés. Nous allons ici étudier à quoi sont dues ces deux particularités, et les conséquences qu’elles entraînent.

L’illiquidité du PE est due à deux facteurs majeurs : d’une part, la durée importante des investissements, étalés sur plusieurs années, et d’autre part le manque de transparence du secteur.
Le profil temporel des investissements en capital explique de façon simple la faible liquidité que nous avons citée. Pendant les premières années de l’investissement, le flux de trésorerie de celui-ci sera entièrement négatif, car cette période correspond à la mise en place des infrastructures, au frais de gestion prélevés par le gestionnaire et par la mise en œuvre progressive de l’ensemble des investissements prévus. Cette étape dure généralement entre 3 et 5 ans. A la suite de celle-ci, les sociétés qui ont fait l’objet d’investissements commenceront, en théorie, à générer des flux positifs, c’est-à-dire à représenter une plus-value pour le fonds d’investissement. Notons toutefois que ce schéma est particulièrement représentatif de l’activité de capital-risque, qui accompagne des entreprises n’ayant la plupart du temps pas de chiffre d’affaires, tandis que le capital développement et transmission gèrent des entreprises qui génèrent déjà des profits récurrents.

Le manque de transparence du secteur – second facteur expliquant la faible liquidité des fonds – est dû au fait que les entreprises ciblées par ces investissements ne sont pas référencées sur les marchés financiers. Le fait de ne pas être cotées ne leur impose pas les mêmes obligations (règles de communication strictes, publication régulière de résultats) qu’aux sociétés se finançant sur les marchés. Là où il est rendu possible par la cotation en bourse d’accéder aux comptes et bilans d’une entreprise pour le grand public, l’accès aux comptes d’une entreprise privée est soumis à la bonne volonté des dirigeants et actionnaires. La conséquence de cette opacité, outre la difficulté à juger de la performance des fonds, est l’apparition d’une asymétrie d’information significative au sein de l’actionnariat. Il en résulte souvent la mise en place de due diligences intensives dans l’entreprise et d’une surveillance accrue de la part des gestionnaires de fonds, qui peuvent mener à une perte de confiance mutuelle.

La seconde caractéristique importante du PE est le fort rendement qu’il fait espérer à ses investisseurs. Cette idée vient du risque supposé élevé de l’activité. En effet, dans le cas du capital-risque, les entreprises financées sont en phase de démarrage ; elles ne sont pas pérennes et leur activité future repose sur la seule réussite technique et commerciale de leur innovation. Ces entreprises sont donc dépendantes du climat économique général qui les entoure. Dans le cas du capital-transmission, les sociétés sont amenées à s’endetter lourdement pour pouvoir bénéficier d’un effet de levier important, ce qui les rend particulièrement sensibles aux cycles conjoncturels. Enfin, les frais de gestion et les coûts importants engendrés par la prise de contrôle des entreprises amènent les fonds d’investissement à concentrer leur investissement sur un nombre plus restreint de sociétés, les privant ainsi souvent d’une diversification sécuritaire ; si cette concentration peut engendrer des performances amplifiées, elles a également pour conséquence de superposer au risque systémique un risque spécifique, lié au secteur sélectionné.

L’ensemble des risques que nous venons de mentionner amène l’investisseur à attendre de son placement un rendement plus important que celui qu’il aurait réalisé sur les marchés financiers, où il n’aurait pas eu à faire face à une forte asymétrie d’information, une difficulté à diversifier son portefeuille et diluer le risque encouru, et une incertitude sur la rentabilité de son investissement dû à la structure et à la nature de l’activité de l’entreprise.

Par Stanislas De Zutter, pour ESSEC Transaction

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