Avec son AAA, la France rit jaune

Avec son AAA, la France rit jaune

Mettons les choses au clair. Le terme « AAA » ne désigne ni une catégorie de piles électriques, ni un regroupement d’alcooliques. Il s’agit d’une note qu’attribuent les agences de notation à une entreprise, un Etat, ou un titre financier. Et pas n’importe quelle note : la meilleure.

Quelle utilité ?

Sur le marché des agences de notation, il existe trois références mondiales : Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch Ratings. Elles sont toutes trois américaines (bien que Fitch appartienne à un holding français) et concentrent environ 95% du chiffre d’affaires mondial de la profession. Leur rôle est d’évaluer la solvabilité de ceux qu’elles examinent. Elles procèdent pour cela à une analyse détaillée de l’entité, puis attribuent une note comme le ferait un professeur après examen d’un devoir. Cette note est utile aux investisseurs potentiels car elle leur indique le niveau de risque qu’ils prendraient en investissant dans cet agent (ex : prêter de l’argent à une entreprise ou un Etat, acheter un titre financier…). Ces notes démarrent à AAA pour les agents les plus fiables, puis AA+, AA, AA-, et ainsi de suite jusqu’à D, qui indique une situation de défaut de paiement*.

La France, comme la plupart des grandes puissances mondiales, est notée AAA par les trois grandes agences de notation. Bien que le ministre actuel du budget, M. Baroin, nous ait annoncé fin mai que le maintien de ce rang serait « tendu », il semble difficile de concevoir – hors dégradation exceptionnelle des finances françaises – un abaissement de cette note à très court terme. C’est en tout cas la position des trois grandes agences pour le moment.

Pour le moment, car en Chine, on ne voit déjà plus les choses du même œil. Dagong Global Credit Rating, principale agence de notation du pays, s’est offert le luxe de voler la vedette à ses homologues américaines mi-juillet en sortant un rapport dans lequel elle redessine la hiérarchie des Etats en fonction de leur notation. C’est ainsi que la France, accompagnée du Royaume-Uni et du Japon, voit son traditionnel AAA réduit à un blafard AA-, soit une chute de trois rangs. Les États-Unis s’en sortent à peine mieux en glissant de triple-A à double-AA.

Choix stratégique ou simple objectivité ? La question mérite d’être posée. En effet, si l’on déniche encore sept survivants dans le club désormais très privé des triple-A, la nouvelle s’apparente à une sanction pour les grandes puissances historiques. Selon Guan Jianzhong, le président de Dagong, le rapport surprend parce qu’il « corrige les défauts » des méthodes de notations classiques. Il n’hésite pas à pointer du doigt les trois grandes agences, les plaçant comme responsables de la crise financière mondiale. La cause : ces dernières ne prennent pas suffisamment en compte, dans leurs études, la « capacité de remboursement des Etats ».

Feu de paille ou réel contre-pouvoir dans le monde des agences de notation, quoi qu’il en soit la Chine confirme une nouvelle fois sa volonté d’être présente dans tous les compartiments de l’économie internationale et n’entend pas laisser un tel monopole à ses homologues occidentaux. Au-delà de l’éclat médiatique qu’elle a suscité, il reste à savoir si l’agence chinoise aura une quelconque influence sur le travail de ses homologues américains. Là serait le réel tour de force.

* La notation de Moody’s est très légèrement différente : elle démarre à Aaa, puis Aa1, Aa2 jusqu’à C. Il n’y a pas de notation pour le défaut de paiement.

Par Stanislas De Zutter, pour Essec Transaction.

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