2011 : risque d’une correction à cause des émergents (Dexia AM)

2011 : risque d’une correction à cause des émergents (Dexia AM)

(AOF / Funds) – « Les marchés des actions connaissent actuellement plusieurs changements d’importance. Fin 2010, les marchés émergents ont perdu leur leadership, au même titre que plus récemment les valeurs internationales cycliques de croissance. Aussi, il est justifié de se poser des questions sur l’évolution future et le leadership de marché. Il est peut-être l’heure d’une correction tardive, ou alors la rotation sectorielle durera plus longtemps que prévu », écrit dans sa note mensuelle de Frédéric Buzaré, responsable de la gestion actions chez Dexia AM.

« Nous doutons que les valeurs financières puissent continuer à agir comme moteurs des marchés. Les marchés des actions ont été fortement surachetés et une correction tarde à se produire. La crise égyptienne pourrait servir de bouc émissaire. Les investisseurs craignent que les tensions politiques en Egypte ne conduisent à la fermeture du canal de Suez et perturbent le commerce de pétrole. Ces inquiétudes ont porté le prix du baril de brut au-delà des 100 dollars. »

« Or la surperformance des actions des marchés développés par rapport aux actions émergentes reste une réalité. Le contexte nous rappelle que les économies en voie de développement sont exposées à un risque politique parfois associé à des changements sociaux traumatisants. A noter également que cette vague de tensions a été déclenchée par l’inflation des produits alimentaires en Tunisie, soulignant le malaise actuellement ressenti par les gouvernements du monde émergent. »

« Le risque imminent le plus important qui pèse sur les économies développées concerne la principale ressource de la région : le pétrole brut. Toute instabilité politique d’une grande nation exportatrice ou toute perturbation des voies de transport peut entraîner un reflux significatif des marchés des actions. Si une correction de milieu de cycle devait se réaliser en ce début d’année, elle dominera le comportement des marchés des actions tout au long du premier semestre de cette année. L’inflation des produits alimentaires a toujours été un catalyseur de malaise social. »

« Les tensions de marché provoquées par la politique des pays en voie de développement nous démontrent que le cycle bénéficiaire des actifs générés par ce boom est arrivé à maturité. La zone euro continue de rencontrer des difficultés à rompre le cercle de la dette non viable, et certains progrès ont été réalisés à la suite de la dernière série de discussions de crise au sujet du Portugal. Une nouvelle vague de tensions contraint les autorités européennes à envisager des mesures politiques supplémentaires : expansion du FESF et éventualité du rachat de dette publique. »

« L’atténuation des tensions peut s’avérer temporaire si les nouvelles propositions portent exclusivement sur la question de la liquidité. Un renflouement du Portugal ne mettra pas un terme à la crise. L’Europe devrait plutôt envisager une solution plus globale, qui pourrait prendre la forme d’un renforcement de la facilité de crédit de la zone euro, d’un programme complet de recapitalisation des banques européennes, de nouveaux achats d’obligations par la BCE, ou d’une conjugaison des trois. Jour après jour, il semble que des progrès soient réalisés et que les investisseurs commencent à croire dans une solution globale, définitive et complète, au point que les spreads des pays périphériques se sont redressés fin janvier/début février. »

« Sous certains aspects, l’Allemagne a un grand intérêt à maintenir un environnement de crise, car il lui offre le levier nécessaire pour obliger les pays européens très endettés à trouver une solution budgétaire. L’Allemagne continue de faire pression pour un durcissement des règles et une meilleure application en échange de davantage de solidarité. Angela Merkel a récemment déclaré que l’Allemagne ferait tout ce qui est nécessaire pour garantir la stabilité de l’euro. En outre, la BCE, qui ne parvient plus à contenir son exaspération, a récemment réprimandé les gouvernements budgétairement irresponsables, déclarant que cet ensemble de systèmes monétaires artificiels de survie ne seraient pas éternellement maintenus, même s’ils viennent d’être étendus. »

« La BCE a exprimé clairement qu’elle appelait les gouvernements à améliorer l’efficacité quantitative et qualitative du FSFE. En dépit du catastrophisme qui entoure la dette souveraine, la situation économique progresse, ce qui pourrait également expliquer la récente diminution des spreads de crédit. La confiance économique de la zone euro reste proche de ses niveaux d’octobre 2007. Les craintes persistantes concernant la dette souveraine n’ont pas ou peu d’effet sur la confiance de la zone euro. »

« L’inflation de la région a dépassé l’objectif de la BCE pour la première fois depuis le début de la crise financière. La BCE commence à se soucier davantage de sa mission principale, à savoir le maintien d’une faible inflation. Et considérant le risque d’inflation mesuré à moyen terme, elle reconnaît que le profil de risque pourrait augmenter, signe qu’avec une crise souveraine toujours en voie de résolution, nous pourrions assister à une décorrélation totale entre sa politique monétaire standard et ses mesures non conventionnelles. »

« Tandis que le rythme de l’activité économique continue de s’accélérer, le risque est passé soudainement d’un ralentissement et d’une déflation vers un risque d’inflation et de hausse des taux d’intérêt. Nous découvrons les conséquences négatives du QE2. Les mesures de relance monétaires destinés à résoudre les problèmes d’endettement massif entraîneront uniquement une hausse des taux des crédits hypothécaires, donnant ainsi un nouveau souffle au marché fragile de l’immobilier, ce qui aura des conséquences pour le système bancaire. Une reprise plus ferme, imputable aux injections de liquidités du gouvernement, passera par une hausse des taux d’intérêt. »

« La Chine, mais également la quasi-totalité du monde émergent, luttent contre une intensification des pressions inflationnistes. Le Brésil a agi de manière agressive afin de freiner l’appréciation du real en imposant des exigences de fonds propres aux positions de change des banques locales. La flambée des prix des produits alimentaires commence à provoquer des tensions sociales au sein du monde émergent, à l’image de celles connues en 2008. Des millions de personnes en Inde dépensent plus de la moitié de leur budget dans l’alimentation, dont les prix y progressent actuellement à un rythme annuel de près de 20%. »

« Tous les projecteurs étant braqués sur la crise de la dette souveraine, personne ne prête attention aux évènements aux Etats-Unis, où le risque majeur est davantage la politique budgétaire que monétaire. Le dernier projet de relance portera le déficit à environ 10% du PIB en 2011. D’importance équivalente, les tentatives d’adoption ou les projets d’adoption d’une politique de durcissement ont échoué. En dépit des débats houleux sur le déficit, Washington ne semble pas disposé à faire les choix douloureux nécessaires à des réductions budgétaires significatives. La dernière proposition de l’administration Obama aurait un impact très réduit sur le déficit à court terme. »

« Le gel des dépenses et la réduction des dépenses du secteur de la défense ne réduiraient le déficit que de 9,9% à 9,8% du PIB. Les récents évènements soulignent l’absence d’une stratégie de sortie des politiques budgétaires de fortune. Bien que le moment soit venu pour un durcissement budgétaire agressif, le pays a besoin d’un plan de sortie. Si la plupart des nations développées ont pris des mesures pour réduire leur dette publique grandissante, les États-Unis ont annoncé de nouvelles mesures budgétaires de relance. La question est de savoir pour combien de temps les États-Unis pourront encore éviter de réduire leur déficit ? »

« Les efforts de gestion du déficit budgétaire à long terme ont été abandonnés. Il n’existe pas de plan concret destiné à résoudre la détérioration à long terme du budget du gouvernement fédéral. Le déficit à court terme est en voie de progression et non de réduction. Les Etats-Unis sont loin d’une crise de la dette, mais le récent déclassement de la dette japonaise rappelle que même les grandes économies ne sont pas épargnées par les craintes concernant la hausse des déficits. Ces deux économies font face à des problèmes budgétaires à long terme en raison de leur évolution démographique, et aucune d’elle ne devrait être capable à s’en sortir par la croissance uniquement. »

« Rares sont les hommes politiques américains disposés à faire des choix douloureux. Il existe un risque de hausse des taux d’intérêt et donc, sur le plan des marchés des actions, un risque de baisse des multiples de valorisation. A un certain stade, les marchés financiers pourraient être contraints de sommer le gouvernement américain de réagir. Bien que le marché obligataire soit jusqu’à présent assez optimiste sur cette question, nous estimons qu’il progressera et sera un moteur clé des marchés cette année et en 2012. »

« Si la tendance haussière de l’économie américaine est actuellement établie, des questions restent en suspens, notamment à savoir quel niveau de croissance 2011 a été hypothéqué sur 2012 et dans quelle mesure un pétrole à plus de 100 dollars gomme les avantages du prolongement des réductions d’impôt. Si la qualité des statistiques économiques de l’économie américaine a ravivé l’intérêt des investisseurs, il reste à savoir si la croissance de 4% des dépenses de consommation enregistrée au quatrième trimestre 2010 peut être maintenue sur l’année, compte tenu des problèmes auxquels font face les consommateurs. »

« Le marché résidentiel reste une source d’inquiétudes aux Etats-Unis, en raison des conséquences potentiellement significatives sur la confiance et les dépenses des consommateurs. Il semble avoir renoué avec sa tendance baissière séculaire à la suite d’une brève période de stabilité ultérieure à la crise. »

« L’Egypte, tant politiquement qu’économiquement, est un pays clé au Moyen-Orient. Important allié de l’Occident, il s’agit également de l’un des principaux centres du Moyen-orient et, politiquement, l’un des deux pays arabes à avoir signé un accord de paix avec Israël. Sur le plan économique, le pays abrite le canal de Suez, où transite environ 7,5% du commerce maritime mondial. Même si les problèmes de la Tunisie et de l’Egypte sont différents, le niveau de vie dans les deux pays fut le principal catalyseur des troubles. Ces évènements nous rappellent les conséquences des déséquilibres significatifs qui demeurent dans le monde, même si nous sommes actuellement en voie de reprise économique. »

« Quand la Réserve fédérale a lancé son nouveau plan d’assouplissement quantitatif, nous avons affirmé qu’il aurait des conséquences involontaires, même si nous n’avons pas pu immédiatement spéculer sur leur lieu de survenance. Nous estimons que la sous-performance actuelle des marchés émergents par rapport aux marchés développés persistera jusqu’à ce que les craintes inflationnistes soient maîtrisées. Bien qu’une correction tarde à se produire, nous sommes au sein d’un marché conditionné par la dynamique. Et bien que le marché d’actions reste conditionné par des révisions à la hausse des bénéfices et des statistiques économiques supérieures aux attentes, la rotation actuelle est un défi au leadership 2009/2010. »

« Cette rotation sectorielle est-elle justifiée par les moteurs sous-jacents ou non ? Bien que le marché soit submergé par une rotation sectorielle/stylistique mondiale, il convient d’identifier les facteurs propres aux entreprises en général, et examiner les changements tangibles de la dynamique des estimations. En cas de retour à la moyenne, la question est toujours de savoir s’il traduit une évolution des facteurs de prix ou le début d’une inversion de tendance. La polarisation constatée l’an dernier disparaît pour une raison simple : les créanciers (pays émergents) partagent aujourd’hui les problèmes de leurs débiteurs (pays développés). »

« Ces derniers exportent leurs problèmes aux premiers, qui ne sont pas encore disposés ou capables d’assumer la responsabilité de la stabilité économique au-delà de leurs frontières. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons assisté à une rotation sectorielle et de style de gestion. Le risque est désormais celui d’une correction de marché, dans la mesure où les valeurs financières ne sont pas suffisamment solides pour permettre aux marchés des actions de poursuivre leur ascension. Et les problèmes posés par les valeurs locales de rendement n’ont pas disparu. Il y a deux mois, nous affirmions que 2011 ne serait pas une simple extrapolation de 2010, ce qui aurait été trop simpliste. Nous suggérions que la zone euro pouvait réserver de bonnes surprises. »

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